mardi 6 décembre 2016

Résidence Argentan : Billet 7


Il y a quatre mois, j'entamais ma première résidence d'écriture. Grâce à la confiance de la région Normandie et de la ville d'Argentan, j'ai pu poser mes valises sur un territoire, dans un logement confortable, et avoir toutes les cartes en main pour commencer à développer un projet ambitieux qui m'habitait depuis assez longtemps déjà. Proposer une vie d'Antonin Artaud sous la forme d'un roman graphique.
Après quatre mois de travail, j'ai achevé la première partie du scénario prévu, c'est-à-dire le découpage des 16 premières pages, qui correspondent aux deux dernières années de la vie d'Artaud, après sa sortie de l'asile de Rodez. Retour à la vie parisienne. Retour à la vie tout court. Ce matériau produit en utilisant de nombreux documents (livres, photos, films) va me permettre maintenant d'entamer un vrai démarchage pour trouver un dessinateur et/ou un éditeur. Je crois qu'en lisant ces premières planches, il est assez aisé de voir où j'ai envie de mener mes lectrices et lecteurs.
Cette résidence aura été également l'occasion d'accomplir quelques jolies missions de médiation. Des Contes de la cabine à foison, quelques ateliers d'écriture, deux visites à l'EHPAD du centre hospitalier d'Argentan dont je garderai un souvenir émouvant. J'ai lu aux résidents un projet d'album en cours sur la relation d'un grand-père et de son petit-fils. Ainsi que trois rencontres avec les lycéens d'Argentan.
Demain, je serai également au Quai des arts pour présenter Cavale, lecture en selle.
Et samedi, je participerai à une rencontre publique à la médiathèque pour expliquer le degré d'avancement de mon projet.
Grand merci à toute l'équipe pour l'accueil dans l'Orne et la confiance témoignée. Ravi de naviguer pour longtemps aux côté d'Antonin Artaud. Car en effet, cette résidence ne marque que le début de l'aventure.

jeudi 1 décembre 2016

Philippe Forest : Crue

Une fois par an, peut-être, il y a un livre qui me marque de façon indélébile. Ce sont des livres rares donc. Je viens de refermer Crue de Philippe Forest et je suis certain qu'il sera de ceux-là.
Je n'avais pas été aussi convaincu depuis ma lecture de Un roman russe de Emmanuel Carrière ou de L'homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk.
Tout me plaît dans ce livre, tout me porte, tout m'écorche. À commencer par la langue de Philippe Forest, simple mais épaisse et souple, charriant les doutes, les émotions, restituant les contours d'un monde sur le point de s'effondrer, en équilibre. De l'équilibre instable qui donne du sens à nos vie.
Toujours juste. À chaque page, être heureux d'emprunter le chemin si singulier de la littérature. Nous y sommes en plein, dans Crue, suivant le narrateur de près, comme s'il était un double. Le fil de l'histoire est suffisamment large pour nous accueillir. On s'y jette à corps perdu. On parcourt ses méandres. On s'assoit volontiers dans des fauteuils pour boire du whisky.
Et là, comme si cela ne suffisait pas, à la page 216, voilà que je tombe sur la définition de ce qu'est la littérature, enfin sur une définition possible : "Quelque chose à la fois de moins réel et de plus réel que la réalité elle-même." Tout à fait ça.
Il est question ici d'un retour. Le narrateur revient sur les lieux où il a habité il y a longtemps, alourdi par les deuils, englué en partie. Et rien ne va s'arranger. Il va vivre, subir, un lent glissement de la réalité tout au long de Crue. "Je lui avais dit à quel point le quartier où nous logions m'apparaissait comparable à un entonnoir le long des parois duquel la réalité ruisselait, dégoulinant vers le fond, comme si la gravité aspirait progressivement toutes les choses, tous les individus qui passaient à sa portée."
Ruez-vous chez votre libraire. Ce livre est magnifique et bouleversant.
Le problème pour moi, maintenant, cela va être de le rendre à la médiathèque où je l'ai emprunté. Une seule envie, m'y replonger.

Philippe Forest : Crue. 272 pages. 19,50 euros.

mercredi 30 novembre 2016

En cavale...

La semaine dernière, j'étais rentré pour effectuer une pause dans ma résidence d'écriture. Une pause studieuse... puisque je participais au Salon du livre du Pays de Lorient, l'occasion pour moi de revoir avec grand plaisir une équipe au top, Emmanuelle, Emmanuel, Élise, Olivia, Serge, Stéphane... et quelques auteurs aussi, Alex Cousseau, Christophe Gaultier...
Deux Cavales étaient programmées. À chaque fois, toujours, avant, une remise en forme, en condition est nécessaire. Des répétitions donc.
J'ai donc lu à Lanester (magnifique médiathèque) devant des classes de quatrième et le lendemain, dans le cadre du salon, au Palais des congrès de Lorient. C'est peu de dire que le courant semble être passé. Un beau partage en tout cas... et un certain nombre de spectateurs et spectatrices qui viennent vous voir après pour vous dire qu'ils ont été touchés. Samedi, dans les couloirs du salon, je me promenais avec ma fille, quand deux ados m'ont arrêté. On a parlé. Ils avaient été émus... et moi j'avais le cœur retourné. C'était très fort à Lorient. Merci merci.
Grande reconnaissance éternelle à Caroline Girard, Emmanuelle Williamson et Élise Lebret qui ont rendu Cavale possible.
La prochaine Cavale aura lieu à Argentan, le 7 décembre, au Quai des arts, à 18h30. Vous viendrez ? Toutes les infos par .
Autrement, il vous faudra attendre le 25 février et ce sera à la bibliothèque de Maison-Laffitte.

jeudi 17 novembre 2016

Salon du livre jeunesse du Pays de Lorient

La semaine prochaine, petite pause dans ma résidence à Argentan pour me rendre au très sympathique Salon du livre jeunesse du Pays de Lorient. Ce sera le seul salon de la fin 2016 pour moi. Pas de Montreuil cette année... à cause d'Antonin Artaud. Partie remise pour l'année prochaine...
Pour sa 15e édition, le thème retenu est Tous des héros et les éditeurs invités, Seuil jeunesse et Rue de Sèvres. Parmi les auteurs et illustrateurs, il y aura Gilles Bachelet, Christophe Gaultier, Alex Cousseau et pas mal d'autres talents. Des spectacles, des lectures... Enfin un chouette moment en perspective.
Je remercie mille fois Emmanuelle Le Menach de la Ligue de l'enseignement du Morbihan pour son invitation. C'était à Lorient déjà, sur le même salon, que j'avais donné pour la première fois Les contes de la cabine... en 2011. Emmanuelle me renouvelle sa confiance. Là, je lirai deux fois Cavale sur mon vélo. Une séance scolaire à la médiathèque de Lanester est prévue jeudi 24 novembre à 14h30 et une tout public au Palais des Congrès de Lorient le vendredi 25 novembre à 18h00. Je vous attends nombreuses et nombreux.
Je serai aussi sur le salon toute la journée du samedi pour des dédicaces.
Et pour le programme complet du salon, c'est par ici.

mercredi 9 novembre 2016

Résidence Argentan : billet 6

Avançant dans mon projet, une question se fait de plus en plus pressante. La preuve. J'ai changé plusieurs fois déjà le sous-titre de Nanaqui, pour arriver à un "Une vie d'Artaud" qui ne me satisfait pas encore tout à fait. J'ai le temps d'y réfléchir. C'est tout l'intérêt du dispositif de la résidence d'écriture.
La volonté de ce roman graphique sera de proposer une vie d'Artaud ou plutôt même, "une lecture de la vie d'Artaud".
Je n'ai aucune envie d'aller vers l'exhaustivité et l'exactitude. C'est ça, ce sera "ma lecture de la vie d'Artaud".
Pour chaque partie, de toute façon, il me faut faire un choix, traquer les épisodes qui me semblent les plus significatifs, signifiants, importants.
Plongé actuellement dans l'enfance d'Artaud, que dois-je privilégier ? Que dois-je laisser de côté ?
Bien sûr, il faudra s'attacher au parcours endeuillé de cet enfant. Sa mère met huit enfants au monde... trois survivent seulement. Père autoritaire et peu présent. Grand-mère adulée. Éléments multiples. Et l'apparition de la maladie mentale, précoce, diagnostiquée avec du flou. De quoi souffre Artaud ? Neurasthénie ? En tout cas, il est un enfant difficile victime de sautes d'humeur. Ses premiers rapports avec l'opium... par prescription médicale... Ses premiers pas en poésie.
Voilà les éléments qui composeront cette deuxième partie consacrée à l'enfance d'Artaud, jusque 1920 donc... date à laquelle le Marseillais monte à Paris... Mais ça, ce sera pour la troisième partie et c'est une autre histoire. Chaque chose en son temps.

mardi 1 novembre 2016

Résidence Argentan : billet 5

Hier, j'ai passé un moment à discuter de mon projet avec Patricia Hamon, correspondante locale pour Ouest-France et professeur de français au lycée Mézeray d'Argentan. À une moment, cette dernière en est venue à m'interroger sur le sens du titre, Nanaqui.
Une fois encore, cette résidence me permet de me poser des questions, me force à formuler et éclaircir certaines zones. C'est une bonne chose à mon avis.
Sur la photo présentée ici, vous pouvez voir Artaud à l'âge de 5 ans avec sa sœur Marie-Ange. Nanaqui était le surnom que lui donnait sa mère. C'est le titre que j'aimerais donner à ce roman graphique.
Bien plus tard, peu avant sa disparition, Artaud se fit appeler Artaud le mômo. Quel sens donner à ce "surnom" ? On pourrait penser, à raison, avoir à chercher du côté de la folie. Artaud le toqué en quelque sorte. Ce mot désigne en réalité un enfant, du côté de Marseille où Artaud est né et a grandi. Retour à l'enfance, après toutes ces années d'errance, de terreur, d'incapacité à être, s'incarner ? Sans doute pas. Ou pas seulement. N'empêche que cette dimension est présente également dans l’œuvre et dans l'être qui se débat ici.
Il y a toujours chez Artaud des comportements extrêmes, la cohabitation impossible d'une chose et de son contraire. Artaud est mort plusieurs fois et il est donc immortel. Artaud fait preuve d'une maturité glaçante et en même temps, il gesticule, se tient mal, joue de mauvais tours. Voilà ce qui le rend fascinant.
Merci Patricia de m'avoir mené vers cette réflexion. D'autant que cela tombe au bon moment.
En effet, je suis très heureux aujourd'hui parce que je viens d'achever la scénarisation et le découpage des 16 premières planches qui correspondront aux deux dernières années de vie d'Artaud.
Artaud est mort, je vais pouvoir m'occuper dorénavant de la deuxième partie, consacrée à son enfance. Au travail !

jeudi 13 octobre 2016

Résidence Argentan, billet 4

Durant une résidence d'écriture, le temps de présence sur le territoire se partage entre des temps de création et des temps de médiation.
À Argentan, c'est 70 % de temps de création et
30 % de temps de médiation, ce qui me permet d'avancer considérablement sur mon scénario de roman graphique sur la vie d'Antonin Artaud.
11 planches découpées tout de même... J'aurai bientôt achevé la première partie (sur cinq). Je pourrai ainsi avoir des éléments solides pour démarcher éditeurs/trices et/ou dessinateurs/trices.
Quelques photos qui rendent compte des temps de médiation. Des cabines, bien sûr... les enfants rencontrés marquent un très vif intérêt pour ma machine à écrire-piano. Des ateliers en classe également, autour d'Auprès de mon arbre par exemple... Et des rendez-vous avec la population, qui prennent diverses formes. Un petit déjeuner ou un début de soirée, hier, où nous avons pu échanger nos livres de chevet.
Je vois aussi régulièrement une classe du lycée Mézeray. Ces jeunes suivent une option théâtre et travaillent en partie sur Artaud.
Ces temps de médiation sont vraiment intéressants parce qu'ils permettent des échanges divers sur le projet en cours. On me pose des questions sur le chantier que j'ai entrepris et parfois, cela me permet de me poser des questions que je ne me serais pas posé seul. Enrichissant donc.